• Dans la peau de Moogly
    Au cœur des jungles indiennes...

Rencontres avec Shere Khan

"Oui, beau tigre, il auront ta peau...

On le dit nocturne, timide, solitaire, et mangeur d’hommes à ses heures !
Et pourtant …

Par un petit matin d’hiver, deux oreilles à l’affût dépassent des hautes herbes, trahissant la présence paisible d’un chat peu commun, couché sur les terres royales de Ranthambore (Rajasthan). Il se prélasse devant un soleil encore discret, mais déjà rougeoyant, toujours aux aguets. Le soleil chauffe et perd de ses couleurs, Il semble les déposer sur la fourrure de notre ami, qu’un large bâillement revigore. Découvrant largement deux canines en forme de poignards. Par un feulement sonore, un autre félin vient de révéler sa présence de son cri caractéristique. Il disparaît déjà au loin en quittant une clairière encore embrumée. Notre ami, lui, ne s’est pas donné la peine de se lever, ils parlent la même langue depuis des millénaires. Levant une patte avant puissante, il commence une toilette rigoureuse. Nous lui laissons un peu d’intimité et nous rapprochons de la clairière désertée. Un silence rythmé accompagne l’ascension du soleil. La clairière est vide, seule une petite rivière lui donne des airs de jardin Zen. Après quelques minutes d’attente, le tigre râleur réparait. Il s’avance, d’un pas majestueux, souple mais ferme, sans même nous jeter un regard. Il nous a vu, depuis longtemps, avant même que nous nous approchions. Il décide qu’une distance réglementaire d’une dizaine de mètres devrait suffire. Il s’arrête. S’assied puis se couche, la tête haute, en roi digne qu’il est. Jusqu’au moment où, il nous offre son regard. Un regard perçant, envoûtant, touchant. Vous voudriez à ce moment, retenir le temps et rester là, en un face à face interminable. Les minutes passent et soudain la clairière tranquille se change en un terrain de jeux pour félins bagarreurs. La joute amicale dure près de deux heures, à moins de 10 mètres de nos jeeps. Ici pour boire, là pour se reposer et prendre le soleil, à deux mètres de nous pour mieux nous sentir… Lassés de jouer les vedettes, nos deux compagnons prennent la fuite en direction de la forêt. Nous les retrouverons quelques minutes plus tard, prenant un bain de soleil sur un vieux cénotaphe, nous offrant pour la deuxième fois de la matinée, un spectacle rare et époustouflant, des images sublimes et des souvenirs impérissables…

Le tigre royal du Bengale, le Shere Khan de notre enfance, n’a pas encore capitulé sous les menaces de l’extinction, ils sont aujourd’hui moins de 1'500 à travers l’Inde à lutter contre une mort orchestrée par l’Homme… Leurs cousins chinois sont moins d’une trentaine, le dernier Tigre de Bali fut tué en 1939 et l’on n’a pas revu de Tigre de Java depuis 1979… Alors, oui, beau tigre, si nous ne faisons rien, ils auront ta peau.

Parce qu’il faut agir vite avant que Panthera Tigris Tigris, ne soit qu’un simple nom associé à une image glacée venant allonger la liste des « Disparus » et réalisant l’extrême chance que j’ai eu de pouvoir plonger mon regard dans celui d’un tigre, j’aimerais partager avec vous ces quelques photos prisent lors de mes différents séjours en Inde, dans les parcs nationaux de Ranthambore (Rajasthan), Kanha, Bandhavgarh et Pench (Madhya Pradesh)."

Olivier Chambion

Article finaliste du Grand Prix Paris Match du photoreportage étudiant en 2007.

 

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