Mon expérience de vie au Japon

Partir vivre au Japon, tout quitter et aller à la rencontre de ce pays qui m’était à la fois si cher et inconnu fut en soit une des plus belles expériences de ma vie. Je m’offrais la possibilité de parcourir les terres de mes rêves qui peu à peu se dessinaient autour de moi. Les images sont devenues des sensations, des odeurs, des sons quant aux personnages de mes romans, des rencontres, des amis, des unions fidèles. Je m’installais alors au cœur de Tokyo et après trois déménagements, dans un des quartiers les plus populaires et habités des tokyoïtes, Sangenjaya. Les gratte-ciels qui au départ m’impressionnaient, sont devenus mon paysage quotidien. S’entremêlaient à ceux-ci, ruelles marchandes, vacarme des vendeurs de ramen et de oden, et je me nourrissais à la volée de succulents yakitori dans un yakitorya aussi grand qu’une boîte d’allumettes.

Au mois d’avril, je m’adossais au pied d’un cerisier avec mes amis et je vivais le hanami, la contemplation des fleurs de cerisiers tout en dégustant des mets plus incroyables les uns des autres, tels que les kara age ainsi que toutes sortes d’algues. La dégustation du fugu, poisson-globe… ça ne s’oublie pas ! Un voyage au Japon se vit à travers son art culinaire. Tous les jours avec mon colocataire et ami j’empruntais l’un des multiples métros puis trains pour me rendre à mes cours de japonais. Là-bas, je côtoyais des chinois ainsi que des coréens et de ce melting-pot sont nées de belles amitiés. Mon aventure a duré presque deux ans dont les souvenirs sont restés intacts.

Un jour d’été, je décide de me rendre à Kawaguchiko, petite ville située dans la région des cinq lacs. Derrières les nuages qui recouvraient partiellement le ciel, se tenait au loin dans toute sa sérénité le Mont Fuji.


Au mois de mai, je fus invitée à porter le mikoshi, palanquin divin, lors d’un matsuri dans le cadre d’un rituel shintoïste. Revêtue d’habits traditionnels, je parcourais les ruelles habitées par une foule riche en couleurs. Certains portaient de nobles kimonos correspondant à leur clan, d’autres relevaient leurs cheveux blonds oxygénés ou violets d’un ruban et entre rires d’enfants et sons de binzasara se découvraient des jambes ornées de magnifiques tatouages. Le Japon aux mille visages s’exprimait. Ma folle aventure fut cependant écourtée par le tsunami survenu à Fukushima. De mon école, je me suis retrouvée à  marcher dans les grandes avenues de Shinjuku, où des écrans géants relataient en image les flammes de la catastrophe. Avec quelques amis étudiants nous partîmes à la hâte vers Kyoto en Shinkansen. Après un pèlerinage effectué sur les collines du sanctuaire Fushimii Inari au travers des toriis sacrés et des prières murmurées aux oreilles de Daruma sans oublier quelques verres de sake et des adieux déchirants, je suis rentrée en Suisse. Après quelques pérégrinations, le métier que j’exerce  depuis deux ans me permet d’écouter à nouveau le doux murmure d’un pays que je peux désormais retrouver à chacun de mes voyages et au travers de ceux de mes clients.